Rééquilibrages de raison. Préambule : contexte économique

Le 19 janvier 2014 - Par qui vous parle de ,

Ce billet étrenne une série de courtes réflexions sur les enjeux et perspectives du « rééquilibrage » en football, ou comment préserver l’intérêt du jeu en réduisant les différences de niveau entre deux équipes.

Ceci s’inscrit au croisement de différents enjeux, dont le principal est économique : l’inégalité des richesses entre les différents clubs presque aussi vieux que le football moderne, né de la professionnalisation du secteur dans les années 50-70 (i.e. sa conversion en industrie du spectacle), et accentué par le désormais célèbre arrêt Bosman.

L’intensification récente de ces inégalités, en particulier en Europe, amène nécessairement à s’interroger sur les possibilités de rétablir un semblant d’équité au sein d’une compétition. A ce titre, le virage pris par la Ligue des Champions depuis la saison 1999/2000 représente un cas d’école largement commenté. Plutôt qu’une synthèse grossière, nous vous invitons d’ailleurs à lire les textes et infographies suivantes pour mieux cerner les enjeux du sujet :

Cette situation se retrouve d’ailleurs, à une échelle moindre, au niveau des championnats nationaux. Là encore, le principal outil d’auto-régulation réside dans la redistribution inégalitaire des droits télévisuels :

Cette situation de monopole autopoïétique est évidemment vantée par ceux dont les intérêts convergent vers la préservation d’un certain statu quo au niveau de l’élite (médias, fédérations nationales, clubs concernés). On peut aisément comprendre leurs motivations ; pour autant, difficile de s’en satisfaire.

Nous sommes en effet passés d’un sport où le meilleur gagne souvent à la fin, à un sport où celui qui gagne à la fin se doit nécessairement d’être le plus fort sur le papier. Cette mutation du paradigme footballistique est largement nuisible au « jeu » et à son intérêt spectaculaire – du moins à l’idée que nous nous en faisons, et que nous souhaitons ici défendre.

La question est séculaire, et d’ailleurs plus large que le seul football : un combat à sens unique peut-il être véritablement appréciable ? Sur un match, peut-être – et encore. Mais sur un championnat, le plaisir s’érode à mesure que les résultats se font plus évidents. C’est précisément pour trouver des parades à ce triste état de fait que s’élaborent des solutions plus ou moins volontaristes, auxquelles nous souhaitons humblement contribuer ici.

De fait, le constat est aujourd’hui partagé par de nombreuses institutions, y compris par les fédérations sportives transnationales qui craignent légitimement une érosion de leur audience causé par l’appauvrissement du spectacle footballistique. Les maux étant principalement d’ordre économique, les pistes de solutions proposées s’inscrivent directement dans cette perspective. Le fairplay financier en est le plus récent avatar, mais d’autres tentatives ont déjà été proposées par l’UEFA ou la FIFA dans les années 2000. Néanmoins, comme le constatait en 2013 une étude publiée par la Commission Européenne :

« Les règles en matière de [régulation du marché des transferts] ne parviennent pas à lutter efficacement contre les déséquilibres compétitifs puisqu’il existe un lien très fort entre les dépenses en matière de transfert et les résultats sportifs, en particulier depuis 2001« 

De fait, l’hydre économique semble aujourd’hui trop difficile à tuer, de par ses multiples ramifications et le pouvoir de nuisance de celles et ceux qui la protègent. C’est pourquoi nous proposons, dans le cadre de nos réflexions sur les perspectives de l’innovation tactique, une entrée par le jeu. Comment rééquilibrer le football, non plus seulement par des régulations économiques, mais aussi par des régulations concernant spécifiquement la tactique ou les règles du match ? Ce sera l’objet de cette série d’investigations thématiques.

Pour ce faire, nous observerons d’autres types de jeu dans lesquels ce type de régulation s’avère depuis longtemps éprouvé : autres sports, jeux de plateau, jeux vidéo, etc. Nous nous interrogerons ensuite sur les perspectives nouvelles qu’apportent – peut-être – l’émergence d’une nouvelle génération de statistiques dans l’affinage supposément objectivé de tels mécanismes de rééquilibrage. Tous les commentaires sont évidemment bienvenus pour nourrir les billets qui seront publiés.

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19 janvier 2014

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